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Présidentielle : au Cirque d’Hiver, le dernier tour de piste d’Anne Hidalgo

Créditée de moins de 2 % des intentions de votes, la candidate socialiste donnait dimanche son dernier meeting de campagne au Cirque d’Hiver à Paris. La fin d’un long chemin de croix pour Anne Hidalgo, alors que se prépare déjà la bataille idéologique de l’après-présidentielle au sein du parti à la rose.

C’est une salle porte-bonheur pour Anne Hidalgo. En 2014, la maire de Paris y avait achevé sa campagne victorieuse pour la conquête de l’Hôtel de Ville. Comme pour exorciser le mauvais sort jeté sur cette campagne socialiste, le parti a donc choisi de se retrouver au Cirque d’Hiver, dimanche 3 avril, à une semaine de l’élection présidentielle.

Signe de la nouvelle place occupée par le PS sur l’échiquier politique, les 2 000 places se remplissent doucement. On est bien loin des 35 000 personnes réunies la veille par Emmanuel Macron. “On n’a pas les mêmes moyens”, explique un cadre de la campagne d’Anne Hidalgo.

Ni caméras télescopiques ou distribution de produits dérivés, l’heure est à la sobriété alors que le seuil des 5 %, synonyme de remboursement des frais de campagne par l’État, semble s’éloigner.

Malgré les sombres prédictions des instituts de sondage, les militants veulent croire à un sursaut dans le sprint final. “On peut y arriver, il faut absolument arriver à convaincre les indécis et les abstentionnistes”, espère Léo, un jeune adhérent de 22 ans qui reconnaît “une campagne difficile”.

“La campagne a été totalement étouffée par Macron”, s’insurge un autre. “Mais nous n’avons rien à regretter et nous continuerons à porter nos idées”.

Pour mobiliser les troupes dans cette dernière ligne droite, la maire de Lille, Martine Aubry, et Bernard Cazeneuve, l’ancien ministre de l’Intérieur de François Hollande, sont venus prêter main forte à la candidate créditée dans les sondages de moins de 2 % des intentions de vote.

Arrivée sur scène dans une nuée de drapeaux français, européens et arc en ciel, Anne Hidalgo, veste bleu marine et large sourire, commence par rendre un hommage appuyé à ces deux grandes figures du parti. “Oui, la gauche qui fait du bien à la France, elle est bien là ! Elle est là avec toi Martine, qui as changé profondément et durablement la vie avec les 35 h, la CMU [couverture maladie universelle, NDLR], la loi contre les exclusions, toi Martine qui es pour moi une inspiration et une boussole montrant notre cap le plus essentiel, celui de la justice sociale et de la fidélité”, lance la candidate.

Faire mentir les sondages

Puis Anne Hidalgo sonne la mobilisation générale en dénonçant des “sondages partiels et partiaux” ainsi que des “commentateurs zélés qui ont méprisé le débat démocratique (…). Ensemble, nous pouvons conjurer le triste sort annoncé de cette campagne qui a valorisé la vulgarité, promu la violence des mots et qui a ouvert tous les micros à la haine des autres, à l’antisémitisme, au racisme, au sexisme”, assure la maire de Paris dans une allusion au candidat d’extrême droite Éric Zemmour.

Après avoir évoqué la guerre en Ukraine et appelé à arrêter de payer “le gaz de la honte” russe, Anne Hidalgo entame ensuite une attaque en règle contre le bilan du quinquennat d’Emmanuel Macron. “Son bilan parle pour lui. Et quant à son projet, qui oserait le qualifier de social ? Qui a réduit à rien l’impôt sur les grandes fortunes ? C’est lui ! Qui a annulé les critères de pénibilité que nous avions mis en place pour les retraites ?”, tandis que la foule reprenait en chœur “c’est lui !”.

“Si vous avez des idées de gauche, si vous êtes soucieux de social, de justice, de solidarité, d’écologie, vous devez le savoir, Emmanuel Macron ne vous calcule même pas !”, a-t-elle enchaîné. “Rejoignez votre famille d’origine, la gauche du réel et de la raison, qui reconnaît ses erreurs”, les a-t-elle exhortés.

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Après Emmanuel Macron, c’était au candidat de la France Insoumise, Jean-Luc Mélenchon, de subir les foudres de la candidate socialiste, qui l’a accusé de complaisance avec Vladimir Poutine. “Dans l’immédiat, vous voterez pour un candidat qui refuse d’aider les Ukrainiens », a t-elle lancé.

Comme annoncé dans le JDD, Anne Hidalgo a également détaillé lors de son discours la mesure phare de son programme : une loi d’urgence pour la jeunesse qui ordonnera la gratuité des transports du quotidien pour les moins de 26 ans et supprimera les droits d’inscription dans toutes les universités.

“Dans les jours qui viennent, chaque voix gagnée sera un nouvel espoir pour l’avenir, chaque citoyenne, chaque citoyen que nous aurons convaincu rendra ses chances à la justice sociale et à la justice climatique. Alors, on ne lâche rien !”, a conclu la candidate la voix éraillée sous les vivats et les “Hidalgo présidente!”

“Guerre des clans”

À l’issue du meeting, de nombreux militants affichent un optimisme à toute épreuve, d’autres en revanche semblent avoir déjà tourné la page et pose la question de la reconstruction de la gauche. Militant socialiste depuis plus de 50 ans, Daniel plaide pour “un retour aux fondamentaux” du socialisme : le pouvoir d’achat et la lutte contre la pauvreté. “Maintenant, il faut que tout le monde range son ego dans la poche pour éviter de revivre la même plaisanterie dans cinq ans”, raille ce militant historique

Pourtant, en coulisses, le retour des chapelles fait craindre une guerre des clans sans merci entre la jeune garde socialiste et des “éléphants” bien décidés à reprendre les rênes du parti. Ainsi, François Hollande, l’ancien président de la République, a fait savoir qu’il comptait “prendre sa part” dans cette reconstruction de la gauche et pourrait se présenter aux prochaines législatives en Corrèze.

De son côté, Jean-Christophe Cambadélis a lancé un “pôle social-démocrate” et plusieurs personnalités socialistes comme le maire du Mans Stéphane Le Foll ou encore la présidente de la région Occitanie Carole Delga ont déjà évoqué la nécessité d’une refondation de la gauche.

Avec la fin de la campagne présidentielle devrait donc s’ouvrir une nouvelle période d’incertitudes au Parti socialiste. “On sait que c’est un moment difficile mais nous ne voulons pas une guerre des clans”, assure Olivier Faure, le premier secrétaire du PS, auprès de France 24 qui rappelle “qu’à chaque fois que nous avons su nous retrouver, nous avons gagné”.

C’est en effet l’un des paradoxes du PS. Si les socialistes ont presque disparu du paysage politique au niveau national, leur ancrage local est considérable : le parti à la rose dirige toujours six régions et une trentaine de départements.

Au-delà du scrutin de dimanche, pour lequel se profile une défaite historique au premier tour de l’élection présidentielle, les yeux sont déjà tournés vers les prochaines législatives, qui s’annoncent cruciales, voire vitales pour le parti socialiste.